WJD  Volume 1, Numéro 2

 

 

LA FRENECTOMIE LINGUALE CHEZ L’ENFANT :

A PROPOS D’UN CAS

F.E BELHAISSI : Professeur Assistant de Pédodontie                              

H.CHHOUL       : Professeur Agrégé de Pédodontie

R.AMEZIANE  : Professeur et chef de service de Pédodontie

Faculté de Médecine Dentaire de Rabat

Université Mohammed V - Souissi

 

Résumé

La brièveté du frein lingual chez l’enfant impose une limite aux mouvements volontaires de la langue et peut être à l’origine de malformations maxillo-faciales, ainsi qu’à une perturbation de certaines fonctions oro-faciales.

La frénectomie, acte chirurgical simple, libère la langue et lui permet d’accomplir un rôle important dans la croissance des maxillaires et dans la morphogenèse des arcades dentaires.

Mots clés :  

Frein court, frénectomie, interception.

 

INTRODUCTION :

La brièveté du frein lingual est une anomalie rare, qui  retentit souvent sur la morphogenèse des arcades dentaires, et peut être la cause de récidive de certains traitements orthodontiques.

La frénectomie linguale suivie de la myothérapie permet de rétablir une position linguale correcte et par conséquent une fonction optimale.

CAS CLINIQUE :

Nous rapportons le cas de l’enfant B. S âgé de 10 ans, qui nous a été adressé par le service d’orthodontie, pour la réalisation d’une frénectomie linguale en préorthodontie.

La brièveté  du frein lingual a été décelée à l’examen clinique. fig.1

Le diagnostic étiologique de la réduction de la mobilité de la langue repose sur plusieurs critères :

-         l’espace  sublingual est diminué ;

-         la langue maintient sa pointe proche des incisives inférieures ou interposée entre les arcades ;

-         la langue présente lors de la protraction :

· une bifidité mécanique ou un sillon médian ;

· une impossibilité à sortir de la cavité buccale

  - un niveau d’insertion alvéolaire variable qui influence la position incisive et alvéolaire. (1)

 fig.2

            Cette brièveté impose une limite aux mouvements volontaires de la langue. Cette limite, qui peut être très importante, risque d’entraîner des répercussions tant au niveau des maxillaires que lors de l’exécution d’un certain nombre de praxies, d’où la nécessité de réalisation de la frénectomie.

La frénectomie est un geste chirurgical simple qui contribue nettement à l’amélioration de la fonction linguale. Aussi simple soit-elle, cette intervention  doit être exécutée avec une grande rigueur. (5) (7)

PROTOCOLE OPERATOIRE :

L’intervention se déroule en quatre étapes :(3) (4) (6)

L’anesthésie :

Après une préparation psychologique de l’enfant, l’anesthésie sera pratiquée successivement en trois points :

La première injection, réalisée au niveau de l’extrémité du frein située vers la pointe de la langue, va permettre de placer une pince hémostatique droite fine, afin d’immobiliser la langue et la tirer vers le haut.

Chez l’enfant, on peut ne pas placer la pince, l’aide opératoire peut saisir la langue avec une compresse et la tirer vers le haut. Deux autres injections sont effectuées de chaque côté du frein au niveau du plancher buccal. On peut alors placer une deuxième pince hémostatique fine et coudée à la base du frein. fig.3, fig.4

L’incision :

A l’aide d’une lame de bistouri, on réalise une incision horizontale du voile muqueux, qui va immédiatement provoquer la libération progressive de la langue, on obtient un losange de plus en plus allongé. fig.5

Le décollement :

 On réalise un léger décollement du voile muqueux pour réséquer les structures fibreuses situées plus profondément et qui sont responsables de la brièveté du frein. fig.6a et fig 6b

Les sutures:

On réalise une suture verticale par points séparés, les premiers points seront placés au niveau des limites de l’incision primaire. Les autres points seront placés successivement, de façon équidistante entre les points initiaux. fig.7

Les sutures sont ôtées le 10ème jour après l’intervention. Les suites opératoires sont peu douloureuses et une cicatrisation rapide est de règle.

DISCUSSION :

Le frein lingual est une structure anatomique dépourvue de fibres musculaires et constituée d’un réseau très dense de fibres conjonctives et oxytalamiques et de conjonctif lâche dont le rôle est de fixer antérieurement la langue à la mandibule et d’empêcher sa chute vers l’arrière .

Il contribue à déterminer la position de la langue aussi bien verticalement que sagittalement et contrôle l’accomplissement des fonctions auxquelles elle participe : Respiration, déglutition et phonation. (2) (9)

Les freins s’évaluent en fonction des caractéristiques suivantes :

                        Leur brièveté

                        Leur volume

                        Leur consistance plus ou moins fibreuse

                        La topographie de leur insertion

Le frein peut être court, épais ou fibreux et même rarement soudé au plancher de la bouche.

La brièveté du frein, anomalie qualifiée de rare, va modifier cette position de repos de la langue, limiter l’amplitude de ses mouvements, quelquefois jusqu’à l’ankylose et perturber l’accomplissement des diverses fonctions. (2)

Par conséquent, la combinaison de ces anomalies retentit sur la morphogenèse faciale dans la mesure où elle favorise l’apparition de pressions anormales de la langue sur certaines zones de la cavité buccale aussi bien au repos qu’en fonction.

Les conséquences qui en découlent peuvent dépendre du niveau de l’insertion alvéolaire de la langue, notamment du muscle génioglosse :

-         une insertion haute ou cervicale entraîne un risque de linguoversion des incisives mandibulaires avec une rétroalvéolie associée à une rétrochélie ;

-         une insertion intermédiaire provoque une vestibuloversion des incisives mandibulaires ;

-         une insertion basse ou apicale génère un risque de recul mandibulaire. (1)

Le raccourcissement du frein lingual peut être aussi mis en cause dans la récidive après traitement orthodontique. (7)(8)

La résection du frein lingual est une intervention qui peut rendre de grands services dans l’amélioration de la fonction linguale à condition qu’elle soit suivie d’une rééducation de la langue pour l’habituer à sa nouvelle position.

La rééducation consiste en des exercices simples, que le patient devra exécuter dés la première semaine:

            · toucher le palais avec la pointe de la langue,

            · tirer la langue en protraction maximale,

            · toucher de la pointe de la langue, les commissures labiales ou l’intérieur des joues.

Ces exercices, effectués au minimum trois fois par jour, doivent durer environ 15 jours, cette durée dépendra de l’importance de l’intervention. (8)

CONCLUSION:

La frénectomie linguale est un acte chirurgical nécessitant  une  rigueur dans le protocole chirurgical pour éviter les complications qui peuvent amener à un échec et rendre l’intervention inefficace. La mobilité physiologique retrouvée après la frénectomie permet de retrouver une posture linguale adéquate lors de toutes les praxies manducatrices.

 

 

BIBLIOGRAPHIE :

1- Boileau MJ, Frican JC, Marteau JM, Brunet S, Jeandot J. Pr&vention chirurgicale des dystopies dentaires( extractions, germectomies, frénectomies…). Encycl Méd Chir( Elsevier, Paris), Odontologie, 23-405-C-10, 1999, 9p.

2- Borguetti A, Monnet-Corti V,. La Chirurgie plastique parodontale. Edition cdp 2000 : 179-189.

3- Chbicheb S, Elharti K, Azeroual .F, Elwady W. Frénectomie linguale : technique chirurgicale à propos d’un cas clinique. Clinic 2003 ; 24(6) : 359-363.

4- Guérin T, Courson F. Frénoplastie linguale. Clinic 2002 ; 23(1) : 17-22.

5- Hamza M, Bensouda S,Benyahya I, Msefer S. La chirurgie buccale de l’enfant et l’adolescent. Courrier du Dentiste, mars 2001,16 : 8-13.

6- Hugly C. Frénectomie linguale. Réal Clin 1995 ; 6 : 313-316 ;

7- Regragui S, Rehrhaye W, Chbicheb S, Zaoui F. Conséquences de la brièveté du frein lingual : approche thérapeutique. Chir Dent Fr 2001 ; 1049 :43-47.

8- Rehrhaye W, Chbicheb S, Elwady W, Alloula E. La résection du frein lingual dans le plan de traitement orthodontique. Inf Dent 2002 ; 7 : 383-386.

9- Soulet A. Brièveté du frein lingual. Rev Orthop Dent Fac 1987 ; 21 : 479-484.