Impact de l’allaitement au sein
sur la croissance crAnio-faciale
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K. Lahlou : Professeur assistant service d'Orthopédie Dento-Faciale ; H. Hsissen : Résidente, service de Pédodontie
Prévention ; R. Ameziane : Professeur enseignement supérieur, chef
du service de Pédodontie Prévention ; E. Aaloula : Professeur enseignement
supérieur, chef du service d'Orthopédie Dento-Faciale. Faculté de Médecine Dentaire de
Rabat Université Mohammed V, Souissi. |
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Résumé : L’allaitement
maternel est reconnu comme étant le meilleur type d’alimentation pouvant être
donné au nouveau-né. Les
auteurs mettent le point sur l’aspect fonctionnel de l’allaitement maternel
et son importance dans la morphogénèse cranio-faciale. Mots
clés : Allaitement
au sein, morphogenèse faciale. |
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Introduction : L’allaitement
maternel a depuis toujours été préconisé d’une part pour son aspect
psycho-affectif, le rapport mère nourrisson étant particulièrement important
lors de la prise du sein, et d’autre part, pour la qualité du lait maternel
tant du point de vue quantité que qualité (1,2). S’il est un
aspect peu connu de l’allaitement maternel - et donc peu défendu par les
professionnels de la santé-, c’est son aspect fonctionnel, tant il est
établit que si le contenu (lait) est important, le contenant (sein)
représente par le mode d’extraction du lait une véritable gymnastique pour le
nourrisson. Le but de notre présent article est de décrire les premiers stades du phénomène de succion déglutition chez le nouveau-né s’établissant lors de l’allaitement au sein et d’étudier l’impact de ce type d’allaitement sur la croissance cranio-faciale et particulièrement sur la correction du décalage des bases osseuses prédominant à la naissance. Avant, il serait important de faire quelques rappels sur la croissance faciale et sur la physiologie de la succion déglutition. I/ Rappel
de croissance cranio-faciale (3,4) :
a-
Les centres de croissance : Ø Au maxillaire: Le complexe naso-maxillaire se dégage de la base du crâne pour répondre aux sollicitations des matrices fonctionnelles (fonctions ventilatoires et masticatrices). Le déplacement se fait vers le bas et l’avant en se reposant sur deux mécanismes : - l’apposition osseuse sur les deux faces des sutures qui connectent la face à la base du crâne et les pièces osseuses entre elles - le remodelage en surface par apposition-résorption : pour répondre à l’avancée et à l’élargissement du maxillaire. Ø A la mandibule : La croissance de la mandibule dépend de la croissance du cartilage condylien qui constitue un centre de croissance secondaire adaptative selon Stutzman et Petrovic. Cette croissance cartilagineuse dépend de facteurs régionaux et locaux : les forces orthopédiques seraient capables de modifier à la fois la direction et la quantité de croissance. La croissance cartilagineuse nécessite la peine fonction des ptérygoïdiens latéraux lesquels par leur insertion méniscale semblent être les médiateurs indispensables de la croissance cartilagineuse secondaire du condyle. Le phénomène de remodelage par apposition-résorption modèle également la mandibule par son action de résorption en avant du ramus et d’apposition en arrière. La résultante de ce phénomène fait que la mandibule s’accroît en longueur. b-
Les mécanismes de contrôle du
développement cranio-facial (5): Le développement cranio-facial peut être considéré comme le résultat de modifications adaptatives d’une structure initiale génétiquement programmée. Cette structure, le squelette cranio-facial apparaît dès les premiers mois de la vie intra-utérine et sa croissance dépend, en plus des conditions génétiques et constitutionnelles, de différents stimuli loco-régionaux et plus particulièrement fonctionnels. Selon Cauhépé, le système endocrinien contrôle le rythme et la quantité de croissance, quant à la direction de croissance et la morphogénèse osseuse, elles sont sous la dépendance d’un équilibre entre différents musculaires. c-
Les rapports squelettiques à la
naissance (6): Le nouveau-né présente à la naissance une dysharmonie cranio-faciale se rapportant au déséquilibre dans le sens vertical existant entre le crâne volumineux et la face relativement réduite. Les rapports des bases squelettiques maxillaire et mandibulaire sont des rapports de classe II par rétrognathie mandibulaire physiologique à la naissance. Ces rapports s’expliquent selon Soulet par la nécessité de franchir les courbures du bassin lors de l’accouchement. Pendant les deux premières années de la vie de l’enfant, le rattrapage de croissance mandibulaire se fera grâce au bon déroulement des fonctions de ventilation et d’alimentation : tétée puis mastication. II/ Aspect
fonctionnel de l’allaitement au sein :
La déglutition chez le nouveau- né est indissociable du phénomène de succion car la maturation du système nerveux central est encore inachevée. a-
Spécificités de la cavité buccale
chez le nouveau-né (7): Il existe au niveau buccal certaines spécificités chez le nouveau-né : - une macroglossie relative car le développement de la langue est plus avancée que celui des arcades - une absence de dents réduisant la hauteur des crêtes alvéolaires, la langue se glisse entre les crêtes et établit des contacts avec les muqueuses vélaire, labiale, palatine et jugale - les structures cervico-hyo-mandibulaires sont relativement sur le même plan et l’orientation des muscles extrinsèques de la langue est horizontale. b-
Physiologie de la succion-déglutition chez le nouveau-né (8): La succion chez le nouveau-né est un acte réflexe, apparu pendant la vie intra-utérine. Elle se caractérise par des contractions rythmiques pour aspirer le lait et est provoquée par simple contact des lèvres. La principale caractéristique de la succion chez le nouveau-né est la force des pressions (360 nm de mercure). Ces puissantes sollicitations, d’environ 3 secondes, répétées 500 fois par jour, entraînent les joues entre les arcades édentées. A titre comparatif, la dépression chez l’adulte est de 180 nm de mercure et la fréquence est de 100 fois par jour environ. La déglutition, du fait de l’immaturité du système nerveux central, est de type déglutition infantile : elle se fait arcades séparées, la langue venant s’interposer entre les arcades. Les muscles péribuccaux et principalement le buccinateur se contractent et vont participer à la stabilisation de la mandibule. Les joues se contractent et viennent rejoindre les bords latéraux de la langue pour créer une herméticité nécessaire pour déglutir. c-
Mécanisme de la tétée au sein (9, 10): Le contact de la peau du mamelon provoque chez le nourrisson un mouvement rotatoire de la tête jusqu’à atteindre le sein. Dès lors les lèvres captent et serrent le cône de succion composé du mamelon et de l’auréole. La cavité buccale est hermétiquement close et le sein se trouve écrasé par la langue contre la voûte palatine. Le sein est fixé par pincement entre les lèvres, les crêtes gingivales -par contraction des muscles orbiculaires des lèvres - et par la propulsion et l’élévation du couple langue/ mandibule. La langue écrase alors le sein contre la voûte palatine par un mouvement rapide de type péristaltique d’avant en arrière. Les mouvements linguaux sont accompagnés d’un mouvement mandibulaire : celle-ci effectue un trajet d’avant en arrière postéro-antérieur, s’abaisse à la fin de la déglutition, puis revient en propulsion. Cette phase de pression joue un rôle capital pour le développement de la mandibule et du maxillaire par les forces considérables qui y sont développées. L’aspiration du lait se fait bouche fermée. Le vide nécessaire au maintien du mamelon dans la bouche oblige le nourrisson à respirer par le nez ; s’il tente de respirer par la bouche, le sein lui échappe. L’abaissement mandibulaire et celui du plancher buccal réalisent une dépression dans la partie postérieure de la cavité buccale et la langue se positionne en arrière lors de la déglutition. A ce stade, le lait est transporté par la langue jusqu’à l’isthme du gosier réalisant ainsi le premier stade de la déglutition (ou temps buccal de la déglutition). Au début de la tétée, la mandibule est peu abaissée, le mamelon se trouvant positionné entre la voûte du palais et la langue. L’expression du lait se fait dès que les lèvres se pressent contre le mamelon, la mandibule s’étant élevée. La langue fait alors un mouvement d’avant en haut et en arrière et l’orifice postérieur des fosses nasales se ferme par élévation du voile (fig1). Le temps buccal de déglutition est réflexe chez le nourrisson. L’étude de la physiologie de l’extraction du lait chez le nourrisson montre que ce mouvement complexe met en jeu tous les muscles de la langue, les propulseurs mandibulaires (et plus particulièrement la ptérygoïdien latéral) les masseters, Inoue et al (11), les orbiculaires des lèvres et les buccinateurs. Ce travail musculaire puissant demande au nouveau-né un effort important et nécessite une synchronisation de nombreuses fonctions dont le rôle morphogénétique est très important pour un développement maxillo-facial harmonieux de l’enfant. III/
Allaitement maternel et morphogenèse faciale:
D’un point de vue historique, Château cite qu’en 1925, Robin fut l’un des précurseurs pour indiquer l’allaitement au sein dans des cas d’hypodéveloppement mandibulaire dépassant le cadre normal. Pour cet auteur, l’allaitement doit susciter un effort de propulsion mandibulaire lors de la tétée il préconise donc la tétée orthostatique. (fig2) Le nourrisson, debout, ne pourra prendre le sein que moyennant un effort qui lui fera propulser la mandibule, cet effort est une sorte de myothérapie qui favorise la croissance postéro-antérieure de la mandibule. D’autre part pour Château, le travail important que fournit la musculature orale, fatigue le nourrisson qui s’endort après la tétée. S’appuyant sur les travaux de Petrovic, Château préconise ce mode d’allaitement qui concoure à multiplier le nombre de chondroblastes et donc participe à la croissance mandibulaire (12). Pour Gremmo-féger (13), la succion au sein assure une bonne croissance du massif facial pouvant contribuer à la régularité de l’implantation dentaire et à la qualité de la respiration nasale. Les enfants ayant été allaités au sein présentent, d’après des études américaines (14,15), moins de malocclusions dentaires et ont moins besoin de traitements orthodontiques coûteux. L’allaitement au sein est un moteur de croissance de la face chez le nouveau-né, il représente un élément d’autant plus important qu’il coïncide avec une période de croissance exceptionnelle où le nourrisson grandit deux fois plus vite qu’à la période de sa croissance pubertaire la plus rapide. Voilà pourquoi, selon Raymond (10), il est essentiel que le nourrisson rencontre tous les stimuli nécessaires à la pleine expression de son potentiel de développement et ce pendant une période allant jusqu’à l’établissement de la fonction masticatrice qui prendra le relais de la fonction de succion-déglutition. Une étude récente publiée Luz et coll (16), étudie les rapports entre la durée de l’allaitement au sein, les habitudes de succion infantiles, les relations de classe II par rétrognathie mandibulaire et les relations occlusales de classe II. Il ressort de cette étude qu’il n’existe pas de relation statistiquement significative entre la durée de l’allaitement au sein et la classe II par rétrognatie mandibulaire. Il a été cependant noté qu’une durée d’allaitement au sein inférieure à 6 mois était statistiquement corrélée à l’apparition d’habitudes de succion infantile, ces mêmes habitudes de succion infantile sont statistiquement en rapport avec les relations de classe II occlusales. Il apparaît pour les auteurs de cette étude que la prévention de la rétrognathie mandibulaire ne doit pas être listée comme un avantage de l’allaitement maternel, mais relier plutôt les problèmes occlusaux de classe II aux habitudes de succion infantile. VI/
L’allaitement maternel au Maroc : De part l’importance que revêt l’allaitement au sein par rapport aux institutions marocaines et par rapport à l’OMS, il nous a semblé opportun de jeter un coup d’œil aux études et aux statistiques relatives à l’allaitement maternel au Maroc. Les résultats
tels que publiés sur le site de l’OMS (bureau du représentant au Maroc
http://www.who.ma/mediatheque/onenparle/WABAOMS/) montrent à travers une
enquête nationale sur la santé de la population et de la famille du Ministère
de la santé une chute de la pratique
de 3% entre 1992 et 1997 et en 2004 le même taux qu'en 1992. Aucune
progression n'est enregistrée. Quand au
taux d'allaitement maternel du nourrisson jusqu'à l'âge de 6 mois, une baisse
constante des chiffres été constatée
avec 51% en 1992 et 31% en 2004. Les nouveaux facteurs socio-économiques et
culturels influent sur la prise de décision de la mère qui travaille et qui a
peu de temps à consacrer à l'allaitement. 38% des mères introduisent le
biberon à 2 mois, une période d'allaitement considérée trop courte par les
normes de santé de l'OMS et qui correspond à la date de l’étude à la durée du
congé maternité de la mère au Maroc. La pratique
de l'allaitement au sein au Maroc est en baisse et constitue un problème de
santé publique. Le sujet mérite, toujours selon le bureau du représentant de
l’OMS au Maroc, beaucoup plus d'effort
en terme d'information de la population et une application urgente du Code
International de commercialisation des substituts du lait maternel. Au vu de ces
informations, il nous parait important que les professionnels de la santé
prennent conscience de l’importance de la promotion de l’allaitement
maternel, seul moyen dont dispose la maman marocaine pour alimenter son
enfant gratuitement tout en
lui procurant les nutriments dont il a besoin quantitativement et
qualitativement, et en lui offrant les conditions physiologiques pour un
développement cranio-facial et dentaire harmonieux. Bibliographie : 1- Gelbert-Baudino N., Simon-Ghediri M.J., Salinier C., Debruge E. ; L’allaitement au sein ; Espérance médicale,2003 ; 10 (97) : 419-426. 2- Yousfi M.M., Bennani A., El Amrani S., Ouazzani M.C. ; L’allaitement maternel ; Espérance médicale, 1997; 33 (4): 414 3- Loreille J.P. ; Croissance cranio-faciale ; Stomatologie Odontologie II, Encycl. Med. Chir. (Elsevier, Paris), 23-455-C-10, 1996, 10p. 4- Château M. ; Description des phénomènes de croissance ; In : Orthopédie dento-faciale : bases scientifiques ; Editions Cdp, Paris, 1993. 5- Torodova I. ; Orthopédie préventive et interceptive ; Encycl. Med. Chir. (Elsevier, Paris), Odontologie/ stomatologie, 23-405-E-10, 1998, 8p. 6- Soulet A. ; Suppression des causes de déviations de la croissance ; Rev. Orthop. Dentofaciale, 30 : 4456-459, 1996. 7- Lejoyeux E. ; Les comportements oro-faciaux et leur maturation ; Encycl. Med. Chir., Paris, stomatologie, 23-474-A-10-7, 1981. 8- Caillard-Konigsberg E. ; Théories et étiologies des anomalies dento-maxillaires ; Encycl. Med. Chir. (Elsevier, Paris), Odontologie, 23-470-A-10, 1997, 14p. 9- Mereuze M. ; L’allaitement maternel : répercussions bucco-dentaires et affectives ; Université Bordeaux II, Unité d’enseignement et de recherche d’odontologie, 66, 1979. 10- Raymond J.L. ; Approche fonctionnelle de l’allaitement et malocclusions ; Rev. Orthop. Dentofaciale 34 :379-402, 2000. 11-
Inoue N., Sakashita R., Kamegai T. ;
Reduction of masseter muscle activity in bottle-fed babies; Early Hum Dev.
1995; 42: 185-93. 12- Château M.; Prévention. In : Orthopédie dento-faciale : tome 2, Clinique ; Editions Cdp, Paris, 1993. 13- Gremmo- Féger G. ; Lait maternel- laits artificiels : peut-on encore dire que le lait artificiel « c’est (presque) aussi bien que l’allaitement? » ; J. d’odonto-stomatologie pédiatrique, 2003; 10 (4) : 159-161. 14-
Labbok M., Hendershot G. ; Does breasfeeding
protect against malocclusion ? an analysis of the 1981 child health
supplement to national health interview survey ; Am. J. Prev. Med. 1987; 3:
227-32. 15-
Palmer B.; The influence of breastfeeding on
the development of oral cavity: a commentary; J. Hum. Lact 1998; 14: 93-8. 16-
Luz C. L. F., Garib D. G., Aroucac R. ; Am J
Orthod Dentofacial Orthop 2006;130: 531-4. 17-
http://www.who.ma/mediatheque/onenparle/WABAOMS/ |
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Summary : Breast-feed is recognized as the best way to have a
healthy diet for the new-born baby. The authors try to insist on facial morphogenesis benefits of the breast-feeding.
Key words: Breast-feeding, facial morphogenesis |