Décontamination des empreintes
en Orthopédie dento-faciale
Decontamination oF the prints
in dento-Facial orthopedics
|
Dr A. BENKADDOUR : Résidente ; Pr S. REGRAGUI : Professeur agrégée ; Pr E. AALLOULA : Professeur de l’enseignement supérieur, chef de service. Service d’Orthopédie Dento-Faciale Faculté de Médecine Dentaire de
Rabat Université Mohammed V, Souissi. |
|
|
Résumé La prise d'empreinte, premier geste thérapeutique en
orthopédie dento-faciale, sert à la réalisation des modèles d'étude, de fin
de traitement ou encore à la confection de divers appareillages
orthodontiques. Le risque de contamination du praticien, et du
personnel de laboratoire par le biais des empreintes doit être pris en
considération. Dans ce travail, nous exposons le protocole de décontamination des empreintes qui parait le mieux adapté à l'orthopédie dento-faciale. Mots clés : Aseptie, empreinte, ODF |
|
Introduction La prise d’empreinte est une phase incontournable du traitement d’orthodontie. Elle sert à la réalisation des modèles d’étude, de fin de traitement, ainsi qu’à la confection de divers appareillages (transpalatin, arc lingual, gouttières de contention,…). Si les principes de décontamination, de nettoyage, de désinfection sont connus et appliqués pour la plupart du matériel utilisé dans les cabinets dentaires, ils sont souvent peu appliqués lorsqu’il s’agit d’empreintes. Les alginates qui sont des hydrocolloïdes irréversibles, sont les seuls matériaux d’empreintes employés en orthopédie-dento-faciale, leurs propriétés hydrophiles les rendent particulièrement sensibles aux variations dimensionnelles, ce qui conduit souvent à ne réaliser aucun traitement ni au cabinet, ni au laboratoire. Pourtant le risque de contamination croisée reste évident, puisqu’il y a un transfert de micro-organismes du cabinet au laboratoire véhiculés par l’empreinte puis par le modèle en plâtre. Le praticien doit donc être hygiéno-vigilent et considérer chaque patient comme porteur d’une infection et chaque instrument utilisé comme transmetteur d’une maladie infectieuse. Ainsi, il a l’obligation de décontaminer toutes les empreintes avant leur envoi au laboratoire. Quelle que soit la technique utilisée, on ne pourra jamais prétendre réaliser une élimination totale des bactéries et des virus, correspondant à une stérilisation. On se contentera donc, pour les empreintes, de les nettoyer et de les décontaminer. (13,9) Nettoyage des
empreintes Le rinçage des empreintes reste le temps essentiel ; il est considéré comme la principale procédure de décontamination puisqu’il réduit la contamination de 90 % en 15 secondes (13,14,10,11) . Il doit se faire mains gantées dès le retrait de l’empreinte de la cavité buccale, et consiste en un simple nettoyage, néanmoins très minutieux du produit à empreinte sous l’eau courante jusqu’à complète disparition des traces de sang, salive et autres matières organiques (8,10,21). Le port du masque et d’une paire de lunette de protection est nécessaire (8,18). L’utilisation d’une eau tiède est parfois recommandée par certains auteurs (13,1,12,22). D’autres conseillent de l’eau savonneuse (13,19) ; dans ce dernier cas, l’empreinte doit être rincée sous l’eau froide afin d’éliminer toute trace de savon qui pourrait interférer sur la solution décontaminante. Le nettoyage doit être fait de préférence dans la même pièce pour éviter tout transfert de bactéries. Le rinçage doit concerner toutes les faces de l’empreinte et du porte-empreinte, et doit toujours s’achever en secouant énergiquement l’empreinte ou en la séchant légèrement afin d’éliminer les excès d’eau qui dilueraient la solution décontaminante (13). Décontamination des
empreintes La seconde phase de traitement des empreintes est en fait une simple décontamination. Elle consiste à détruire les germes pathogènes, tout en conservant les propriétés physico-chimiques de ce matériau : stabilité dimensionnelle et bonne reproduction des détails (13,9,3,4). Sa perméabilité liée à son caractère hygroscopique, présente l’inconvénient, d’augmenter sa septicité, rendant ainsi plus difficile l’étape de décontamination (2,7,15,16,17). La décontamination fait l’objet de nombreuses controverses en ce qui concerne les produits utilisés et la technique de mise en œuvre. Certains préconisent la pulvérisation de solution à base de glutaraldéhyde à 2 % ou d’hypochlorite de sodium à des concentrations variant de 0,5% à plus de 5%. D’autres conseillent des mélanges d’alcool et d’aldéhyde ou de dérivés iodés (13). L’immersion dans une solution d’hypochlorite à 0,5 ou à 1% peut être prolongée jusqu’à 30 minutes sans incidence sur la stabilité dimensionnelle, même si elle affecte un peu la reproduction des détails de surface (17). Néanmoins, il faut prendre garde à changer une ou deux fois par jour le bain de décontamination dont la concentration en produit actif diminue à cause des propriétés hydrophiles du matériau (20). Après décontamination, les empreintes doivent être soigneusement rincées pour éviter toute interaction du produit de décontamination avec le matériau de réplique. Le rinçage peut se faire soit sous l’eau courante ou sous pression, soit à l’eau déminéralisée ou adoucie. Les empreintes doivent ensuite être séchées à l’air comprimé (9).
Conclusion La prise
d’empreinte, acte indispensable en thérapeutique orthodontique, est largement
impliquée dans la chaîne de contamination ; pour cela, les praticiens
ont l’obligation de décontaminer les empreintes avant leur envoi au
laboratoire, car ceci relève à la fois d’une obligation légale (obligation de
moyens) et de l’obligation morale de préserver la santé des coursiers et du
personnel de laboratoire auquel nous confions nos travaux. Bibliographie 1- BARSOTTI, O. ; MORRIER, J-J. ; ROOCCA, J-P. ; Hépatites, SIDA: Conduite pratique à tenir en cabinet dentaire ; Prévention bucco-dentaire, 1990, IV (2) : 285-288 2-
BEHIN, P. ; DUPAS, PH. ; Pratique clinique des matériaux
dentaires en prothèse fixée. Paris, Cdp, 1997 3- BERTERECHE, M.V. ; CITTERIO, H. ; La décontamination dans la chaîne prothétique. L’efficacité sans la nuisance ; Cahiers de l’ADF, 1998, 1 : 30-35. 4-
BRISSET, L. ; LECOLIER, MD. ; Hygiène et asepsie au cabinet
dentaire ; Paris, Ed. Masson, 1997 5-
DURR, DP. ;
NOVAK, EV. ; Dimensional stability of alginate impressions immersed in
disinfecting solutions ; J. Dent.
Child. , 1987, 54: 45-58. 6-
HERRERA, SP.;
MERCHANT, VA. ; Dimensional stability of dental impressions after immersion
disinfecting ; J. Am. Dent. Assoc. , 1986, 113: 419-422. 7-
JENNING, KJ. ;
SAMARANAYAKE, L.P. ; The persistence of micro-organisms on impression
materials following disinfection ; Int. J. Prosthodont, 1991, 4: 382-387. 8- KIMONDOLLO, P.M. ; Developing a workable infection control policy for the dental laboratory ; J. Prosth. Dent., 1992, 68: 974-978 9- LAURENCE LUPI-PEGURIER ; MULLER, M. ; Décontamination des empreintes en orthopédie deno-faciale ; Le journal de l’Edgewise, vol. 40, 1999. 10- MARTIN, M.V. ;
Infection control in the dental environnement : Effective procedures. Ed
Martin DUNITZ, Cambridge, University Press, édition, 1991. 11- McNEILL, M.R.; COULTER,
W.A.; HUSSEY, D.L. ; Disinfection of irreversible hydrocolloïd impression: a
comparative study ; Int. J. Prosth. Odont., 1992, 5: 563-567. 12- MINAGI, S.; FIKUSHIMA, K.; MAEDA, N.; SATOMI, K.; OHKAWA, S.; AKAGAWA, Y.; MIKAYE, Y.; SUGINAKA, H.; TSURU, H. ; Disinfection method for impression materials: freedom from fear of hepatitis B and aquired immunodeficiency syndrome ; J. Prosth. Dent., 1986, 56 (4): 451-454. 13- MISSIKA, P.; DROUHET, G. ; Hygiène, aseptie, ergonomie, un défi permanent ; Edition Cdp 2004. 14- MULLER, M. ; BOLLA, M. ; GABINSKI, A. ; Décontamination des empreintes ; Actualités odonto-stomatologiques, n° 189, Mars 1995. 15- PERRIN, D. ; PACAUD, G. ; PONE, D. ; Contrôle du risque infectieux en odontologie ; Paris, Ed. Cdp, 1997. 16- RICE, CD. ; DIKSTRA,
MA. ; FEIL, PH. ; Microbial contamination in two antimicrobial and
four control brands of alginate impression material ; J. Prosth. Dent., 1992,
67, 4: 535-540. 17- SAMARANAYAKE, L.P.,
HUNJAN, M., JENNING, K.J. ; Carriage of oral flora on irreversible hydrocolloïd
and elastomeric impression materials ; J. Prosth. Dent., 1991, 65 (2):
244-249. 18- SAMARANAYAKE, L.P.; SCHEUTZ, F.; COTTONE, J.A. ; La maîtrise de la contamination au cabinet dentaire ; Paris, Masson, édit., 1993. 19- TAIBI, C.-L. ; Guide pratique d’hygiène IV. L’hygiène en cabinet
dentaire. Centre de recherches et d’étude en prévention et hygiène appliquée de Lyon (CREPHA). CLT, édit.,1990. 20- TOH, C.G. ;
SESTCOS, J.C. ; PALENIK, C.J. ; WILLIAMS, K.J. ; PHILLIP,
R.W. ; Influence of disinfects on a vinyl polysiloxane impression
material (abstract 212) ; J. Dent. Res., 1987, 66:133. 21- U.S. Department of
Health and Human Services ; Practical infection control in the dental office
; Public Health Service, édit., Centers for Disease Control and Food and Drug
Administration, 1989. 22- WATKINSON, A.C.;
Disinfection of impressions in UK dental scools ; Brit. Dent. J., 1988, 31:
22-23. |
|
Liste des figures |
|
|
|
|
||
|
Figure
1 : contamination de l’empreinte
avec le sang du patient |
|
Figure 2 : contamination
du modèle en plâtre avec le sang du patient |
|
|
|
|
|
|
||
|
Figure 3 : rinçage
de l’empreinte sous l’eau courante afin de la nettoyer |
|
Figure 4 : immersion
de l’empreinte pendant quelques secondes dans une solution d’hypochlorite de
sodium à 0,5%. |
|
Figure 5 : l’empreinte
est laissée imbibée de solution
d’hypochlorite de sodium à 0,5% pendant 30 minutes dans un sachet plastique
fermé. |
|
Summary The catch of print, therapeutic first wave in dento-facial
orthopedics, is used for the realization of the modules of study, end of
treatment or for divers orthodontical appliances. The risk of contamination of
the practitioner and the personnel of laboratory by the means of the prints must
be taken into account. In this work, we expose the
decontamination protocol of the prints which appears adapted best to
dento-facial orthopedics. Key-words:
Asepsis, print, ODF |