Conduite à tenir

devant une stomatite prothétique

 

Pr Merzouk Nadia

Professeur Agrégé en Prothèse Adjointe

Faculté de Médecine Dentaire de Rabat

Université Mohammed V - Souissi

 

Introduction

La mise en place d’une prothèse amovible complète a pour conséquence une modification du débit salivaire provoquant une acidose et une augmentation des microorganismes [10] .Ces derniers lorsqu’ils sont associés à un traumatisme ou à une mauvaise hygiène peuvent provoquer l’apparition de la stomatite prothétique. L’agent le plus incriminé est le candida albicans [1].

 

Classification

Les stomatites prothétiques sont été classées en trois types par Newton [5] et par Budtz Jorgensen[4]  (fig 1, fig 2, fig 3)

La stomatite prothétique peut être immédiate ou tardive et présente des degrés de gravité [2].

Elle se manifeste soit sous la forme aigue accompagnée de sensations de brûlures, de prurit et de gène douloureuse, soit sous la forme chronique avec ou sans signes fonctionnels [1].

 

Etiologie

Plusieurs facteurs favorisent l’apparition de la stomatite prothétique :

*              L’état général

Les anémiques, les diabétiques, les immuno-déficients cellulaires ou hormonaux (patients HIV), les patients présentant des maladies chroniques ou des cancers, les sujets au groupe sanguin O sont plus susceptibles à la stomatite prothétique Nikawa [9];

*              L’âge 

 Selon Le Bars  [1,5], l’influence de l’âge sur la muqueuse palatine se traduit par un processus de fibrose.

*              La prise des médicaments 

Les sialoprives, les immunosuppresseurs, l’antibiothérapie prolongée, la corticothérapie, la thérapie systémique à base de stéroïde prédisposent le sujet appareillé à la stomatite prothétique du fait de la diminution des défenses immunitaires ;

*              Le traumatisme mécanique 

L’instabilité de la prothèse ainsi que l’état de surface défectueux de sa base  (rugosités, crevasses, etc.) sont autant de facteurs irritatifs [3,4] ;

*              L’irritation chimique 

Elle est liée à la sensibilité aux différents composants du matériau prothétique ;

*              L’agression bactérienne 

Selon Budtz –Jorgenson, le taux de bactéries chez les porteurs de prothèses avec muqueuses saines est 10 fois supérieur à celui des patients ayant une stomatite prothétique alors que le taux de candida albicans est 100 fois plus élevé[4].

 

Conduite à tenir

Le traitement de la stomatite prothétique met en jeu des procédés variables en fonction des cas cliniques:

*              Le traitement antalgique  

 La xylocaine visqueuse est appliquée sous la prothèse  à raison de trois fois par jour.

 Des bains de douche à base d’eau bicarbonatée peuvent aussi être prescrits* [2].

*              Le traitement antifongique 

 Il est à base de nystatine, amphotéricine B, miconazole, kétoconazole, fluconoazole.

Ces médicaments se présentent sous forme de bains de douche, gel, ou comprimés;

*              Le traitement anti-inflammatoire 

Il repose sur un anti-inflammatoire non stéroïdien ou sur un corticoïde;

*              Le traitement de l’insuffisance de la sécrétion salivaire 

Il consiste à diminuer ou à arrêter les médicaments sialoprives , et ce en concertation avec le médecin traitant.

Des correcteurs de l’hyposialie,  tels que, sulfarlem S25®, génésérine® ou la teinture de Jaborandi® sont aussi prescrits [2,8 ] . Les prothèses à réservoir de salive sont d’un intérêt certain ;

*              L’hygiène buccale et entretien prothétique  

Le brossage des muqueuses par une brosse souple [4] et la prescription de bains de bouche à base de chlorhexidine semblent avoir une meilleure action sur le candida albicans [6,7 ,8 ] .

 Les solutions à base  d’hypochlorite ou de bétadine sont aussi préconisées par Guimelli B et Hunger F [6].

Les prothèses doivent être nettoyées et désinfectées quotidiennement dans une solution à base de chlorhexidine pour éliminer les germes siégeant dans les porosités de la résine [2]. Le port nocturne de la prothèse constitue un élément  aggravant de la stomatite prothétique [1,3] ;

*              Le traitement prothétique

La mise en condition tissulaire impose l’utilisation d’une prothèse bien adaptée quelle soit récente ou existante modifiée (fig 4a, 4b, 5a, 5b).

L’association de conditionneurs tissulaires à un antifongique ou à une solution désinfectante s’est révélée efficace dans le traitement des stomatites (fig 6 et 7) [4,5].

La remise en état des tissus peut être obtenue au bout de quelques semaines (fig 8) et le praticien pourra alors procéder à l’élaboration d’une nouvelle prothèse ou à la réfection de la base de la prothèse existante (fig 9) ;

*              Le traitement chirurgical

Il s’impose en cas d’hyperplasies, de replis muqueux ou de crêtes flottantes n’ayant pas cédées au traitement médicamenteux et à la mise en condition tissulaire.

 La cicatrisation doit être guidée par une mise en condition tissulaire post-chirurgicale [6]. 

 

 Conclusion

La stomatite prothétique est un processus inflammatoire de la muqueuse buccale qui touche un grand nombre de porteurs de prothèses dentaires amovibles. Cet état inflammatoire se rencontre plus particulièrement au niveau de la région palatine.

L’étiologie semble être principalement infectieuse, traumatique ou mixte.

Le traitement repose essentiellement sur l’hygiène buccale, l’entretien prothétique, la prescription d’antifongiques et la mise en condition tissulaire.

 

 

Bibliographie

1. Balerdi I, Zamacona J M, Aguirre JM, Ajuria B, Quindos G,Pnton J.

Analyse clinique et microbiologique de la stomatite prothétique.

Act odont stomatol 1994 ; 186 : 173-183.

2. Baudet-Pommel M, Bertoin P.

Candidoses et prothèses.

Act odonto stomatol 1993 ; 183 : 431- 438.

3. Budtz-Jogensen E.

La flore microbienne sous prothétique.

Cah de Prothèse 1992 ; 78 :139-143.

4. Budtz-Jorgensen E, Clavel R.

 La prothèse totale: théorie, pratique et aspects fondamentaux.

Paris : Masson.1995.

5. Calatan A.

Stomatites associées au port des prothèses dentaires amovibles : étiologie et traitement.

Cah de prothèse 1994 ; 46 : 59-78.

6. Guinelli B, Hunger F.

Le problème de l’état des muqueuses maxillaires et mandibulaires avant, pendant et après l’insertion des prothèses.

Chirurgien Dentiste de France 1989 ; 47 (472) : 61-71

7. Miquel JL.

Candida albicans et prothèse complète.

Les Quest.Odonto.Stomatol 1984 ; 9 :175-179.

8. Niedermenier N.

Rôles diagnostiques et traitement de l’hyposécrétion des glandes salivaires mineurs.

Cah de prothèse 1992 ; 78 : 9-19.

9. Nikawa H, Kotani H.

Deture stomatitis and ABO blood types.

J Prothet Dent 1991; vol 66; n°3 : 391-394.

10.Viallant P.

Envahissement microbien des résines acryliques en Prothèse Adjointe.

Clinc. Odontol 1995 ; 6 :451-455.

 

 

Liste des figures

 

 

Fig. 1 : stomatite prothétique type I : Erythème localisé

 

 

 

 

Fig. 2 : stomatite prothétique type II : Erythème diffus avec empreinte du système ventouse de l’ancien appareil

 

 

Fig. 3 : stomatite prothétique type III : Hyperhémie papillaire, inflammatoire

 

Fig. 4a : modification de la  base prothétique maxillaire

 

 

Fig. 4b : modification de la base prothétique mandibulaire

 

 

Fig. 5a : perturbation du plan d’occlusion

 

 

Fig. 5b : correction du plan d'occlusion au moyen de plans de morsure

 

 

Fig. 6 : conditionneur tissulaire associé à un antifongique

 

 

Fig. 7 : mise en condition tissulaire au moyen des prothèses modifiées

 

 

Fig. 8 : état tissulaire après 6 semaines de mise  en condition

 

 

Fig. 9 : nouvelles prothèses en place

 

 



* L’eau bicarbonatée n’est pas un antalgique mais un produit efficace pour lutter contre l’acidité du milieu buccal qui favorise le développement du candida albicans ;