Diagnostic
en parodontie
Deuxième partie :
DIAGNOSTIC radiographique
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Auteurs : Dr.
RHISSASSI M. : Professeur Assistant en Parodontologie Pr. Benzarti N. : Professeur de
l’enseignement supérieur en parodontologie Faculté de
Médecine Dentaire de Rabat. Université
Mohamed V Suissi. |
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Résumé La radiographie est le
moyen le plus largement utilisé pour évaluer le support osseux
autour des dents et des implants, c’est un examen complémentaire
permettant d’obtenir des informations
tant sur la morphologie que sur la perte osseuse. En parodontie, des
exigences de précision, de standardisation et de sensibilité
nous obligent à tenter d’améliorer constamment nos
prestations en terme d’imagerie radiologique. En effet, malgré l’aide
précieuse qu’apportent les techniques radiographiques
traditionnelles au diagnostic parodontal, leur sensibilité reste
insuffisante. C’est pour cette raison que les chercheurs se penchent de
plus en plus vers les programmes informatiques de traitement de l’image
qui se heurtent malheureusement encore à de nombreux obstacles
empêchant leur développement inévitable. Mots clés Bilan radiographique ; long cône ; radiographie numérisée |
La radiographie est le
moyen le plus largement utilisé pour évaluer le support osseux
autour des dents ou des implants. Les images radiographiques constituent un
enregistrement permanent et peuvent être comparées à des
radiographies plus anciennes. Elles fournissent des informations sur l’étendue
de la perte osseuse, l’anatomie radiculaire, la proximité
radiculaire, les éventuelles lésions inter radiculaires, les
pathologies périapicales associées à des lésions
endodontiques ou parodontales ainsi que les autres structures anatomiques (Figure 1).
Tous les examens
radiographiques exposent les patients à des radiations ionisantes. Bien
que ces dernières soient de faible dose, elles doivent empêcher le
recours à des examens radiographiques systématiques.
1- La sélection de l’incidence radiographique
L’image radiographique est une
représentation bidimensionnelle de structures tridimensionnelles, ce qui
rend l’image très sensible aux erreurs d’angulation.
L’incidence périapicale,
développée pour minimiser la distorsion, permet de placer le rayon
central perpendiculairement au film ; cette technique donne
également des
déformations de l’image.
Les techniques qui minimisent ces
sources de distorsion sont :
- la technique du long
cône : les rayons parallèles minimisent la déformation
de l’image ;
- les techniques
utilisant des artifices de standardisation des rapports entre le film,
l’objet et la source radiogène ;
- la radiographie
bite-wing, rarement utilisée en parodontie, utilise des rayons incidents
perpendiculaires à l’os et à la racine dentaire, elle
minimise la distorsion des images, mais elle donne une image réduite de
la crête osseuse.
2- La sélection du type de film et de l’incidence des
rayons X
La qualité des radiographies
intra orales et la dose de radiation
sont influencées par le
kilo voltage et la vitesse ; les films sont disponibles en deux vitesses,
ils différent par la taille des grains de l’émulsion ;
quand les grains sont larges, les détails sont moins bien
représentés, cependant, la vitesse ne semble pas influencer
l’efficacité des deux types d’images en pratique dentaire
conventionnelle.
Les radiographies
dentaires sont en général prises à des kilo voltages
faibles (65-70 KV) ou plus élevés (90 KV). Les rayons X de faible
kilo voltage sont très absorbés dans les tissus, donnent des
images radiographiques avec un arrière-plan sombre et un contraste
élevé, ces films sont indiqués dans des situations
particulières comme les radiographies broche en place. Les rayons X de
kilo voltage élevé sont moins absorbés dans les tissus et
donnent des radiographies de faible contraste avec des nuances de gris, ces
techniques sont moins irradiantes et fournissent plus d’informations sur
la densité et la hauteur de l’os crestal. Elles sont de ce fait
plus appropriées à l’évaluation du support
parodontal (9).
3- La radiographie visuelle directe
Certaines procédures
radiographiques actuelles n’utilisent pas de film ; la
radiovisiographie ou RVG utilise un détecteur intra oral, similaire dans
sa conception à une vidéo caméra miniature. Cette modalité
offre de nombreux avantages. (9 ; 16):
- un détecteur
solide remplace le film et évite le retard de
développement ;
- le contraste et le
brillant de l’image peuvent être ajustés ;
- la réduction de
la dose de rayons X atteint 80 à 95% par rapport aux radiographies
conventionnelles intra orales ;
- l’image
étant digitale, elle peut être imprimée ou stockée
dans un disque informatique et
- elle facilite les
mesures des pertes osseuses.
Il faut cependant noter
que
-
la
taille du détecteur intra buccale et son épaisseur sont
désagréables pour le patient ;
-
la
résolution du détecteur est limitée, en comparaison avec
la radiographie conventionnelle ;
-
les
images n’ont pas la même apparence que les radiographies
conventionnelles, qui sont préférées par les dentistes,
ces derniers ont besoin de temps pour être à l’aise
vis-à-vis de l’image numérique et de son traitement (18).
En général,
les traitements de l’image numérique n’ont pas
été optimisés pour le diagnostic radiologique et la
méthode de visualisation doit être améliorée afin
d’atteindre son potentiel maximal en dentisterie (7)
4- La détection des modifications osseuses
La plupart des méthodes
radiographiques donnent simplement une image anatomique des dents et de leurs
tissus de soutien.
Une radiographie unique ne permet pas de
déterminer les modifications osseuses qui accompagnent la destruction ou
la cicatrisation.
Par ailleurs, en comparant deux images
radiographiques prises à différents examens, l’œil nu
ne peut pas détecter de faibles modifications osseuses qui sont
masquées par les dents et l’os ou contenues dans des niveaux de
gris impossibles à exploiter. De plus, le clinicien ne peut
détecter que les modifications de densité osseuse inter
proximale.
Malgré l’aide
précieuse qu’apportent les techniques radiographiques
traditionnelles au diagnostic parodontal, leur sensibilité reste
insuffisante, et ce pour de nombreuses raisons :
- les images radiographiques
sont le plus souvent des indicateurs tardifs de la lyse osseuse.
L’œil du clinicien ne peut généralement déceler
que des pertes osseuses atteignant 30 à 50% du support
osseux total. Par contre, les programmes informatiques de traitement de l’image
sont capables de déceler moins de 5% de modification osseuse avec une
sensibilité, une spécificité et une fidélité
de plus de 90% (3 ; 6 ; 8 ;14). Ces modifications peuvent
être détectées aussi bien dans les zones inter proximales
que vestibulaires, linguales ou inter radiculaires,
- des changements
notables des niveaux d’attache peuvent se produire sans que les niveaux
osseux ne soient modifiés à la radiographie, ceci est dû
aux grandes variations d’angulation, de contraste et de brillance entre
les différents examens. Les méthodes radiographiques modernes
sont capables de détecter des plus faibles changements du support osseux
(0.1mm) et de l’espace desmodontal (0.1 à 0.25mm).
5- Les mesures fournies par la radiographie
Plusieurs méthodes ont
été développées pour permettre les mesures de la
hauteur osseuse sur des séries de radiographies.
La méthode la plus simple mesure
la distance entre la jonction amélo-cémentaire et la crête
alvéolaire. Elle donne des corrélations significatives entre les
mesures radiographiques et la perte osseuse (1). Cette méthode de mesure
peut être améliorée par la superposition de grilles
millimétrées sur le film mais ne permet pas la détection
de la crête alvéolaire.
D’autres méthodes proposent
de corriger en partie les erreurs d’angulation sur des radiographies
péri apicales (11 ; 17). Une de ces méthodes utilise une
règle (Schei ruler) placée sur l’image radiculaire. La
perte osseuse peut être exprimée en pourcentage de hauteur
radiculaire, les graduations de la règle permettent de mesurer
aisément le pourcentage de la perte osseuse. Cette méthode est
également limitée par la capacité du clinicien à
détecter la crête alvéolaire.
On peut utiliser des programmes
informatiques pour déceler les modifications osseuses de l’ordre
de 0.1mm lorsque des radiographies sont correctement standardisées
(13) ; lorsque des radiographies de bonne qualité mais non
standardisées sont utilisées, des films bite-wing peuvent
déceler des changements de 0.5mm, les radiographies non
standardisées de routine peuvent déceler des changements de moins
d’un mm (4).
Des techniques de traitement
d’image augmentent la capacité de détection des petites
modifications osseuses :
5-1 la radiographie
digitale soustractive
(12 ; 5)
Son principe est de soustraire toutes
les structures inchangées à partir de deux radiographies et de ne
représenter que les zones de modifications. La procédure de
traitement de l’image soustrait les dents inchangées, l’os
cortical et trabéculaire, ne laissant que les zones de gain ou de perte
osseux et éliminant les nuances de gris. Par convention, les zones de
gain osseux sont claires et les zones de perte osseuse sont sombres.
JEFFCOAT, en 1992 (9), montre une association
significative entre la progression de la perte d’attache au sondage
mesurée à l’aide de sonde électronique et la
progression de la lyse osseuse mesurée à la radiographie
soustractive digitale.
Cette
analyse ne visualise pas toujours les images, les valeurs numériques
après soustraction sont analysées pour détecter les
modifications osseuses.
La première étape de la
soustraction est la digitalisation : elle transforme l’image
radiographique en une forme comprise par l’ordinateur qui analyse et
visualise l’information. Une grille est automatiquement superposée
sur la radiographie et convertit le niveau de gris dans chaque case de la
grille en un nombre, habituellement de zéro (noir) à 255 (blanc).
L’interprétation des images
soustractives est une méthode spécifique (>96%) et très
sensible (>90%) pour détecter les lésions osseuses (2). Des
codes couleurs correspondant aux pertes ou gains osseux facilitent la
lecture des radiographies soustractives (6 ; 7 ; 9 ; 10). En
plus, les changements osseux peuvent être plus facilement localisés
en superposant la zone modifiée sur l’image du départ, la
dent étant presque invisible sur l’image de soustraction.
L’interprétation
n’exploite pas pleinement les informations contenues dans la
radiographie, les images de soustraction peuvent elles-mêmes être
utilisées pour réaliser des mesures directes en
millimètres des modifications osseuses le long de la surface
radiculaire. La quantité de gain osseux peut être calculée
en incorporant un point de référence dans l’image
radiographique originale.
Comme d’autres méthodes
quantitatives, la radiographie digitale soustractive requiert le respect des
règles de l’exposition et du développement des films
radiographiques, de la digitalisation, l’alignement, la soustraction et
la mesure de la taille des lésions.
Le principal
inconvénient de cette méthode est que l’étalonnage
nécessite l’exposition à un film supplémentaire,
cette méthode ne doit être appliquée que quand les mesures
absolues de changements osseux sont nécessaires. Pour le suivi des
patients dans le temps, l’utilisation de la méthode relative est
souvent suffisante.
6- L’examen des sites receveurs d’implants dentaires endo-osseux
Certains moyens simples, tels que
l’examen visuel, la palpation et la radiographie panoramique peuvent
suffire pour établir un plan de traitement implantaire dans les cas de
crêtes larges et de quantité suffisante d’os situé
à distance du nerf alvéolaire ou de sinus maxillaire. Ces
méthodes ne permettent cependant pas de mesurer
précisément la largeur vestibulo-linguale de l’os. Pour
éviter ces insuffisances, la tomodensitométrie peut être
utilisée pour visualiser le site implantaire dans un plan
perpendiculaire à l’arcade (15), elle offre l’avantage de
visualiser simultanément de nombreuses régions du maxillaire ou
de la mandibule, souvent à des intervalles d’1mm (figure 2a).
Contrairement à la tomographie
classique qui trouble toutes les structures situées en dehors du plan
intéressé, la tomodensitométrie élimine ces
structures, permettant ainsi, une visualisation nette de la coupe
d’organes étudiés. De nombreuses incidences sont prises en
fonction de la zone concernée, un logiciel reconstruit ensuite chaque
plan de coupe (Figure 2b). La qualité de
l’image dépend du matériel, du logiciel et des facteurs
techniques.
La tomodensitométrie est une
technique très irradiante, elle est de ce fait réservée
aux plans de traitement complexes, notamment lorsque plusieurs implants sont
envisagés.
Les mesures des volumes osseux sont
facilitées lorsqu’une échelle est
intégrée à l’image. Les logiciels non
spécifiques à l’utilisation dentaire ne sont pas
adaptés à la morphologie des arcades maxillaire ou mandibulaire,
elles donnent des images de reconstitution déformées. Le scanner
peut également reconstruire des images panoramiques ou
tridimensionnelles.
Dans des cas simples, lorsqu’un
nombre limité d’implants est envisagé, une tomographie des
régions intéressées peut être utilisée,
elle offre l’avantage de pouvoir être réalisée au
cabinet avec une faible charge de radiations pour le patient.
L’exposition des films, cependant, demande de la pratique pour assurer un
positionnement correct du patient et de l’appareil de tomographie.
7- Le plan de traitement implantaire interactif
Les logiciels actuellement
commercialisés fournissent une excellente base pour le diagnostic
pré implantaire, certains fournissent des essais d’implants sur
les différentes sections (8). Une coupe perpendiculaire à
l’arcade mandibulaire à partir du scanner ou des tomographies de
la zone concernée est sélectionnée, un type
d’implant est choisi et une souris est utilisée pour le
déplacer dans les trois dimensions de l’espace. Le programme
permet de le substituer à un implant plus long ou plus court du même
système implantaire. L’examen permet d’obtenir des vues
occlusales et de vérifier le parallélisme entre les implants.
Les examens pré implantaires
doivent permettre une sélection optimale de l’implant et de son
emplacement. Un examen clinique minutieux et une radiographie panoramique et/ou
des films intra oraux peuvent suffire dans les cas de crête
résiduelle large et de hauteur suffisante. Dans des cas plus complexes
où la quantité ou la topographie de l’os sont incertaines,
le scanner doit être envisagé, le logiciel peut aider à la
sélection des implants et servir comme guide à leur mise en
place.
Conclusion
La pratique parodontale actuelle va du
diagnostic et du traitement de la perte osseuse alvéolaire à la
reconstruction implantaire en passant par la régénération.
Les nouvelles thérapeutiques nécessitent une imagerie
radiographique de plus en plus performante.
L’utilisation de radiographies
bite-wing à la place de bilans entiers conventionnels permet
d’adapter l’examen radiographique aux besoins des patients tout en
réduisant leur exposition aux radiations ionisantes.
La superposition des
grilles ou des règles sur les racines améliore le calcul des
dimensions osseuses en implantologie ou en régénération.
Le clinicien peut
aujourd’hui, grâce au traitement informatique, exploiter au maximum
l’image radiographique.
L’imagerie digitale est largement
utilisée en recherche clinique pour évaluer les résultats
des traitements ou la progression des maladies parodontales. Elle permet la
correction des variations de contraste et le stockage informatique. Les
avancées des méthodes de mesure permettront leur plus large
utilisation en clinique parodontale.
Les traitements informatiques des images
radiographiques, comme la radiographie digitale soustractive, permettent
d’augmenter la précision de l’image et de détecter
les détails osseux.
L’utilisation des implants
endo-osseux en parodontie nécessite une familiarisation avec les
radiographies extra orales. La panoramique, les images intra orales et
tomographiques sont généralement combinées pour
l’évaluation clinique de l’emplacement des implants. La
plupart des fabricants proposent actuellement des méthodes de mesure
digitales pour suivre les implants dans le temps, ces techniques ne sont
qu’une extension de celles utilisées pour
l’évaluation de la progression du support osseux alvéolaire
autour des dents.
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Figure 1
Bilan radiographique long cône d’une patiente atteinte de parodontite agressive généralisée
On note une lyse horizontale généralisée atteignant:
- les 2/3 des hauteurs radiculaires dans les secteurs antérieurs maxillaire et mandibulaire,
- la ½ des hauteurs radiculaires dans les secteurs postérieurs.
On note aussi :
- des foyers de lyse angulaire en mésial de 16, de 15, en mésial et distal de 24 et en mésial de 37 et de 46,
- des lésions interradiculaires de classe III au niveau de 36, 46 et 47.

Figure 2a
Image tomodensitométrique Dentascan
Incidence axiale
évaluant la largeur de la crête osseuse
dans le secteur mandibulaire droit (entre les coupes 23 et 43)

Figue 2b
Coupes coronales obliques
A l’emplacement du guide radiographique distal
(coupes 28, 29, 30)