concepts actuels de
préparation cavitaire
(Actual concepts of cavity preparation)
AUTEURS :
Dr.
FENNICH Maria : Professeur
assistante en Odontologie Conservatrice
Faculté
de Médecine Dentaire de Rabat. Université Mohamed V Suissi.
|
RESUME Les
progrès des matériaux et techniques qu’a connus la
dentisterie durant cette dernière décennie se sont
accompagnés par une évolution des concepts pour aboutir
à une dentisterie conservatrice. Celle-ci a pour objectif la
préservation des dents le plus longtemps possible grâce à
une approche médicale privilégiant les mesures prophylactiques
en première intention. La
préparation cavitaire, lorsqu’elle s’impose,
consiste à réaliser des cavités à minima en
employant les différentes techniques à notre disposition et en
se basant sur un certain nombre de principes selon la nature du
matériau de restauration retenu. MOTS
CLE Cavité- préparation |
En 1908, Black
énonçait ses célèbres principes de
préparation cavitaire. A cette époque, la seule approche
face à la lésion carieuse consistait à tailler en
réalisant des cavités stéréotypées et les
obturer. Cette approche aboutissait inéluctablement au remplacement des
obturations, à la dépulpation, au traitement prothétique
voire à l’extraction de la dent emprisonnant celle-ci dans un
cycle de mort programmée. Par la suite, l'évolution de l'odontologie
restauratrice a remis en cause les concepts anciens de préparation
cavitaire pour aboutir finalement à une approche biologique
orientée vers une prise en charge globale du patient qui replace le
traitement lésionnel dans le cadre d'un plan de traitement centré
sur le diagnostic étiologique, la prévention de la maladie
carieuse et la prévention des récidives. (7, 8).
La
préparation des cavités a sensiblement évolué
depuis les principes mécaniques et prophylactiques
préconisés par Black en 1908 à savoir :
- la
réalisation d'un large accès à la carie (forme de
convenance) ;
-
l'élimination totale des tissus pathologiques mais aussi des structures
saines fragilisées associées (forme de contour) ;
- la
prévention des récidives par extension des préparations
(prophylaxie) ;
-
l'accrochage macromécanique, de l'amalgame à la dent
(rétention) ;
- la
prévention des fractures de la restauration par le biais de
l'augmentation d'épaisseur du matériau (résistance).
A cette
époque, la carie était considérée
comme une lésion, devant être traitée chirurgicalement en
éliminant les structures dentaires
déminéralisées, en réalisant des cavités
obéissant à des principes énoncés par Black à une époque
ou l'instrumentation rotative était quasi inexistante et les
connaissances de l'étiopathogénie de la carie dentaire
balbutiantes. Ces impératifs étaient centrés
sur la résistance de l’obturation plutôt que celle de la
dent et impliquaient une mutilation tissulaire importante. Il s’agit donc d’un concept invasif qui a été
qualifié de modèle chirurgical curatif (17, 24, 25).
Dans ce
contexte, et déjà en 1928, Prime ( in 24) s'interrogeait sur le
bien fondé des mutilations préconisées par Black et
proposait notamment la
réalisation des parois axiales en contre-dépouille. En
1951, Markley ( in 24)
définit les formes de préparation dites
étroites : lorsque l'extension de la carie ne dicte pas une
préparation large, les fissures sont ouvertes avec une fraise poire de
très petite dimension (2mm ou
Toutefois,
ces cavités n’ont pu être concrétisées
cliniquement que grâce :
-
à
l’amélioration de l’hygiène et la
prévention ;
- à
l’évolution des connaissances concernant la maladie
carieuse ;
- à
l’apparition de nouveaux moyens de diagnostic permettant une
détection plus précoce des lésions carieuses ;
- à
l’évolution des amalgames ;
- au développement de l'instrumentation en rapport avec la
réalisation des préparations, mais aussi des obturations (19, 24,
25).
Par la
suite, l’apparition des ciments verres ionomères injectables (facilitant
la restauration des cavités non soumises aux forces masticatoires) et
surtout l’évolution des composites et l’avènement des
systèmes adhésifs de 4ème
génération, a permis aux restaurations adhésives de gagner
le secteur postérieur. Tout ceci a conduit à une évolution
des concepts de traitement de la lésion carieuse qui a été
longue et laborieuse. Finalement,
l’évolution en cariologie a conduit à la mise au point
d’un nouveau modèle, dit médical préventif, qui permet de ne pas
intervenir chirurgicalement en première intention sur les lésions
débutantes grâce à des techniques de réversion ou de
reminéralisation. Lorsqu'il est nécessaire de procéder
à l'élimination des tissus infectés, cette approche médicale consiste
à préserver au maximum la substance dentaire et à
utiliser, pour restaurer la perte de substance, les matériaux les plus
adaptés. A la lumière de ces évolutions, les principes de
Black sont devenus dépassés, ce qui a poussé Mount et Hume en 1997 à
établir une nouvelle classification des lésions carieuses,
définie par trois sites, correspondant aux zones de rétention de
la plaque bactérienne et quatre tailles de lésions
déterminés par l'extension de la carie. Cette classification a
été modifiée par Lasfargues et ses collaborateurs
(2000) et présentée
dans le concept SISTA qui repose sur 3 principes : principe
d'économie tissulaire, principe d'adhésion, principe de
bio-intégration (7, 8, 17, 18).
Quant à la
classification SISTA, comme la classification de Mount et Hume dont elle
dérive elle détermine les lésions carieuses par deux
descripteurs : site de la lésion et stade évolutif de la
lésion, mais introduit pour chacun des trois sites un stade initial
(stade 0) qui correspond à une lésion nécessitant un
traitement non-invasif. Pour ce qui est des sites de cariosusceptibilité,
on distingue :
- les lésions site 1 : sont situées au niveau des
puits, sillons fosses et fossettes de toutes les dents (aussi bien
antérieures que postérieures) ;
- les lésions proximales (site 2) : peuvent toucher
les aires de contact de toutes les
dents ;
- les lésions cervicales
(site 3) : sont à point de départ cervical,
amélaire ou cémentaire, sur toutes les faces de toutes les
dents.
En ce qui concerne les stade évolutifs de la lésion, ils
sont au nombre de 5 :
- stade 0 : lésion initiale sans cavitation, strictement
amélaire ou atteignant la jonction amélo-dentinaire, mais ne
nécessitant pas le recours à une intervention chirurgicale ;
- stade 1 : lésions avec microcavitations de surface ayant
progressé jusqu’au 1/3 externe de la dentine et nécessitant
une intervention restauratrice ;
- stade 2 : lésions cavitaire de taille
modérée ayant progressé dans le 1/3 médian de la
dentine et nécessitant une intervention restauratrice ;
- stade 3: lésions cavitaire étendue ayant
progressé dans le 1/3 interne de la dentine et nécessitant une
intervention restauratrice ;
- stade 4 : lésions cavitaire atteignant les zones
dentinaires parapulpaires et nécessitant une intervention restauratrice
(2,18).
Actuellement , il ne s’agit plus de traiter de manière
machinale mécanique et invasive mais de proposer un plan de traitement
global qui commence par l’évaluation du risque carieux initial du
patient. Cette évaluation consiste en une procédure de diagnostic
approfondie, qui passe non seulement par l’évaluation de
l'état des dents mais aussi la collection de données concernant
les facteurs susceptibles d’influencer le micro-environnement buccal du
patient (régime alimentaire, hygiène dentaire et emploi de fluor,
fonction salivaire, …). A partir de là, une approche
thérapeutique visant à réduire ce risque carieux est
proposée et mise en œuvre, puis le suivi thérapeutique est
instauré pour maintenir ce risque le plus bas possible (4,16,19, 24).
La phase prophylactique vise à abaisser le risque carieux
initial en s’adressant aux facteurs étiologiques à
l’origine des lésions carieuses. Elle permettra ainsi
d’arrêter la progression des lésions carieuses et prévenir l’apparition de
nouvelles lésions. Pour cela, l'hygiène buccale du patient doit
être optimisée et toutes les surfaces dentaires rendues
nettoyables par le patient. Il faudra réaliser un nettoyage
prophylactique professionnel, supprimer les réservoirs de germe, en
curetant les lésions cavitaires avec pose de restaurations temporaires
(à base de ciment verres ionomères), en scellant les puits et
fissures et enfin il faut contrôler chimiquement l'infection
bactérienne grâce à l’emploi d’agents
antibactériens à base de fluor ou de chlorhexidine. Les
éléments extérieurs favorisant le processus carieux (comme
les erreurs alimentaires, les médicaments réduisant le
débit salivaire) sont identifiés et contrôlés
(conseils diététiques, stimulation de la sécrétion
salivaire) (3,20).
Classiquement, les
lésions proximales
étaient taillées et restaurées à partir du
moment où elles atteignaient, à la radiographie, la jonction
amélo-dentinaire et pénétraient dans la dentine. Toutefois, il faut
garder à l’esprit que la radio-clarté est
corrélée au degré de déminéralisation et ne
reflète pas nécessairement la présence d'une cavité
carieuse. En effet,
d’après une étude de Pitts et Rimmer en1992 (in 1), 60 %
des lésions situées dans la moitié externe de la dentine
sont non cavitaires. Or tant que la lésion n’est pas cavitaire,
une action sur le micro-environnement oral permet de rendre celui ci
favorable à
l’arrêt des lésions carieuses grâce à des
mesures prophylactiques : contrôle de plaque optimal, conseils
alimentaires, emploi d’agents
thérapeutiques : chlorhexidine et fluor. En absence de cavitation,
les déminéralisations amélaires, sont réversibles
alors que les déminéralisations atteignant la dentine sont
susceptibles d'être stabilisées, en reminéralisant
l’émail de ces lésions. (1,12,19). Quant au traitement
chirurgical (préparation cavitaire à minima et restauration, il
sera
indiqué pour :
- les cas où la thérapeutique prophylactique a
échoué ;
- les lésions carieuses profondes (moitié interne de la
dentine) même non cavitaires ;
- lésions cavitaires ;
- lorsqu’il y a un préjudice esthétique (cas de
caries cervicales arrêtées au niveau des dents antérieures
par exemple) ;
- et enfin en cas de caries secondaires adjacentes aux restaurations (
1,16).
=> Pour les caries occlusales : en présence de
lésions initiales de l’émail ou de discolorations
grisâtres au niveau de l’émail traduisant une atteinte de la
dentine, en absence de cavitation et de signes radiographiques un traitement
préventif à type de scellement de puits et fissures est
indiqué (5,15,16).
=> Pour les caries proximales : l’examen visuel est
souvent insuffisant, les clichés radiographiques rétro-coronaires
constituent un outil précieux pour la détection de lésions
proximales. Toutefois, la radiographie ne permet pas de savoir si une
lésion est cavitaire ou non.
En fait le seul moyen pour déterminer avec certitude si une
lésion est cavitaire ou non, est la séparation des dents par un
élastique orthodontique et, après 48 heures, observation visuelle
directe de la face proximale ou injection d’un matériau à
empreinte et observation de sa surface. En présence d’une
cavitation, le matériau à empreinte va fuser à son niveau
et l’enregistrer sous forme d’une excroissance constituant le
négatif de la cavitation (5,15,16).
Au terme de cette phase, le risque carieux du patient est
réévalué, lorsqu’il est suffisamment abaissé,
les restaurations définitives peuvent être
réalisées. Dans le cas contraire, on prolongera la phase
prophylactique en modifiant la
stratégie thérapeutique (3, 17).
Elle consiste à
réaliser les restaurations permanentes qui ne doivent être
entreprises que lorsque le risque carieux du patient est faible et
contrôlé. (12, 17).
C'est la phase de maintenance qui a pour but le diagnostic et la prise
en charge précoce d’éventuelles lésions carieuses et
la prévention des récidives. La périodicité d’une à quatre fois par an,
est adaptée au risque carieux du patient (17 , 20).
L’éviction carieuse doit se faire de préférence sous
champ opératoire étanche afin d’éviter toute contamination
bactérienne. Par ailleurs, l'utilisation d'antiseptiques à base de chlorhexidine ou de chlorure de
benzalkonium est recommandée au cours de l’exérèse
chirurgicale et pour la toilette finale de la cavité avant l'obturation
pour réduire la charge
bactérienne (2,8,23).
S’il est reconnu que la carie dentinaire, est constituée
d’une zone infectée, (irréversiblement détruite) et
une zone affectée (sous jacente, reminéralisable et conservable),
comment reconnaître la zone infectée afin de procéder
à son élimination sélective ? Trois critères
sont classiquement décrits :
- la teinte des tissus cariés : qui n’est pas un
critère fiable ;
- la consistance : il semblerait que l’élimination
des tissus ramollis au cœur de
la lésion débarasserait la cavité de l’essentiel des
tissus infectés ;
- l’emploi de révélateurs de carie pouvant
colorer spécifiquement la trame collagénique
dénaturée de la dentine infectée a semblé une
solution prometteuse. Toutefois, il s’est avéré que le
colorant diffusait au delà de la zone infectée et que la
suppression de toutes les structures colorées conduisait à une
surpréparation (15,23).
En ce qui concerne les moyens d’éviction carieuse,
celle-ci était classiquement réalisée à l’aide
d’instruments manuels (excavateurs) et mécaniques (fraises), ces
instruments ont subi des évolutions et une multitude d’autres instruments et techniques
a été développée afin de réaliser des préparations cavitaires plus
économes en tissus et éliminer la vibration, le bruit et les douleurs propres au curetage
mécanique : il s’agit du curetage chimio-mécanique, la
sono-abrasion, l’air-abrasion et
le laser (2, 23).
3-1 Le curetage mécanique
Il est réalisé
à l’aide de fraises. Celles-ci ont subi de multiples évolutions
concernant notamment leur dimension dans le sens d’une plus grande
miniaturisation. L’accès à la carie est
réalisé à l'aide de fraises diamantées (boule ou
poire) montées sur turbine sous spray. Pour l’éviction des
tissus cariés elle se fait à l'aide de fraises boules en acier ou
de préférence en carbure de tungstène (plus efficaces et
faciles à stériliser) montées sur contre-angle à
vitesse lente (1000 à 1500 t/mn), sous spray. Bien qu'utilisées
sous spray et à vitesse lente ces fraises peuvent engendrer un
échauffement des tissus et des vibrations. Afin de réduire
ces inconvénients, la fraise boule classique a été
modifiée en forme et structure en réalisant notamment une
surtaille transversale permettant une excavation moins traumatique, une
meilleure élimination des copeaux dentinaires et une réduction
des vibrations. Ces fraises (H1 SE
de Komet) sont repérables par leur bague verte sur une tige dorée
(2,17,23).
3-2 Autres procédés de
préparation cavitaire
=> Le curetage chimio-mécanique :
est
réalisé actuellement avec le système Carisolv®
qui est constitué de deux gels, le premier contenant 3 acides
aminés (la leucine, la lysine et l'acide glutamique), le second
étant constitué d'hypochlorite. Le principe, est une dissolution du
collagène altéré par le processus carieux, qui sera
éliminé avec des instruments manuels spécifiques ce qui
évite l’emploi d'instruments rotatifs, sources de vibrations et de douleurs (9,23).
=> Le curetage par air-abrasion : réservé aux
caries superficielles (car ne permettant pas l’élimination en
profondeur de la dentine ramollie), il a pour principe la projection de
particules abrasives (d'Alumine de 27 ou 50 µ) sur le substrat amélodentinaire à très grande vitesse par
un flux d'air comprimé (9,19,23).
=> La sono-abrasion : est d’un grand intérêt pour
le traitement des lésions proximales débutantes. Elle emploie des
inserts diamantés, animés
par une énergie sonore ou ultrasonore, sous irrigation constante.
Ces inserts présentent une face diamantée et une face lisse
opposée, ce qui permet l'accès à la lésion en
conservant la crête marginale et en prévenant les risques de
mutilation iatrogène de la dent voisine (9,
23).
=> Le laser : de type Nd-Yag ou Er-Yag permetterait
d’éliminer spécifiquement la dentine infectée
en laissant une surface propre, désinfectée (effet
bactéricide) et en réalisant une occlusion des tubuli dentinaires.
Toutefois, le rapport coût/ bénéfice/
sécurité de cette méthode demeure à ce jour
défavorable (9,19,23).
On distinguera les formes des préparations cavitaires pour amalgame de celles pour matériaux adhésifs.
L’amalgame est réservé pour la restauration des
cavités occlusales et
proximales sur dents postérieures. Il sera
privilégié par rapport aux composites lorsque le risque
carieux du patient n’a pas pu être suffisamment abaissé (car
ses produits de corrosion présentent une activité
antibactérienne). Même s'il impose l'aménagement d'une
cavité rétentive, plus délabrante qu’une
cavité adhésive, avec les formes actuelles de préparation
cavitaire pour amalgame, centrées sur l’accès direct
à la lésion carieuse, la perte tissulaire reste minimale par
rapport aux cavités de Black (7,18).
La forme de contour et la dimension de la préparation sont
dictées par la situation et l'extension de la carie. La
pénétration initiale est réalisée au niveau de chaque site de carie, puis la préparation est
approfondie ou élargie pour permettre l'élimination totale de la
dentine ramollie. La situation du fond de cavité dépend du
degré de pénétration de la carie en profondeur et des
reliefs occlusaux, qui conditionnent l'épaisseur du matériau.
Celle-ci doit être suffisante (supérieure à
=> En 1987, Sturdevant (in 24), réalise des cavités
dites conservatrices : il s’agit de préparations proximales sans
extension « prophylactique » (au niveau occlusal et vers
les zones de brossage). Ce type de cavité est très économe
de tissus (d’où leur nom). Un angle cavo-superficiel de 90°
est respecté. La rétention axiale est assurée par une
convergence des parois vestibulaires et linguales en direction occlusale (figure 3). Quant à la rétention
mésio-distale, elle est assurée par la présence de rainures
qui peuvent s'effacer en direction occlusale ou au contraire venir modifier la
ligne de contour et sont alors qualifiées d’ailettes (figures 4 et 5).
Ces rainures sont réalisées à l'aide d'une fraise
boule (diamètre =
=> S'il s'avère que la dent traitée est le
siège simultanément d'une lésion débutante
occlusale et proximale, les deux lésions seront traitées
séparément et seule une structure insuffisamment
résistante entre les deux cavités nous amènera à
les réunir. Il s’agit
de la cavité moderne (figures 6 et 7) décrite par Rodda en 1972 (in 25)
avec : une largeur de la cavité occlusale inférieure au
quart de la largeur de la dent, une ligne occlusale en S inversé, des
angles arrondis. Les parois axiales présenteront une
légère convergence occlusale, alors que la rétention
mésio-distale de la cavité proximale est assurée par la présence de rainures
(7,24,25).
La préparation cavitaire
va d'abord se limiter au curetage des tissus carieux infectés qui ne
peuvent plus se reminéraliser tout en préservant
l’émail déminéralisé entourant la
cavité et la dentine affectée en regard de la chambre
pulpaire. Le plus souvent la cavité aura la forme laissée par
l'éviction des tissus cariés. La mise en forme terminale
consistera essentiellement par la finition du bord cavo-superficiel et par les
vérifications de contacts occlusaux statiques et dynamiques. En fin de
curetage, en présence d'émail non soutenu par de la dentine ou de
parois fragiles, elles seront conservées à condition qu'elles ne
soient pas soumises au stress occlusal (2, 7, 10, 26).
Ce concept propose, dans le cadre de la
dentisterie adhésive, des formes cavitaires adaptées en fonction
du site et du stade de chaque lésion carieuse (2, 18).
q
Les lésions SISTA 1 (18)(figure 8)
►SISTA 1.1 : l’accès
à la lésion doit être ponctuel, limité aux fosses
cariées, sans ouverture du réseau des sillons adjacents. La
cavité aura une forme arrondie. Les bords seront nets, leur biseautage
n'étant pas recommandé. La cavité n’étant pas soumise aux
contacts occlusaux antagonistes, l’obturation peut être
réalisée à l'aide de verres ionomères, de
compomères ou de composites microhybrides.
►SISTA 1.2 : l’accès à la lésion
initialement localisé au niveau des fosses cariées,
étendu secondairement au réseau des sillons infiltrés. La
cavité sera arrondie, avec des niveaux de profondeur variant en fonction
de l'épaisseur de la dentine ramollie. La largeur cavitaire
vestibulo-linguale en surface demeure inférieure au quart de la distance
intercuspidienne. Pour les bords de la cavité : le biseautage est non
recommandé au niveau des zones support d'occlusion. La cavité
étant cette fois-ci soumise aux contacts occlusaux antagonistes,
l’obturation doit être réalisée à l’aide
d’un matériau résistant mécaniquement :
résines composites microhybrides ou condensables.
►SISTA 1.3 :
La cavité sera profonde, sa largeur cavitaire en
surface dépasse, par endroit, le quart de la distance intercuspidienne.
On conservera dans la mesure du possible les sommets cuspidiens et
crêtes marginales, le passage au recouvrement cuspidien étant
fonction de l'âge de la dent et du facteur occlusal. La cavité sera
restaurée à l’aide de composites microhybrides
►SISTA 1.4 : il
s'agit de réaliser une cavité de dépouille en vue d'une
restauration par un onlay collé. Toutefois, l'exérèse de
la totalité des tissus cariés, et l'élimination des
parties fragilisées des parois résiduelles laissent
subsister des zones de contre-dépouille. Pour concilier le principe
d'économie tissulaire et les principes mécaniques de la restauration
indirecte, un composite fluide ou un ciment verre ionomère est
recommandé pour servir de base et de comblement interne.
Finalement, la cavité doit avoir des bords nets, des angles internes
arrondis et des parois présentant une légère
divergence occlusale. Au niveau des zones de recouvrement, l'espace libre
occlusal doit être suffisant (
q
SISTA 2 secteur prémolaire-molaire (figure 9)
Les bords seront nets en occlusal (sans biseau) alors que les biseaux
au niveau proximal et cervical sont
controversés (2).
►SISTA 2.1 : il
s'agira de cavités ultraconservatrices avec préservation des
crêtes marginales et du contact interproximal. Plusieurs options peuvent
être distinguées en fonction de l'accessibilité
à la lésion : les cavités à accès direct,
les cavités tunnel et les cavités à accès
vestibulaire ou lingual.
·
Lorsque la lésion est directement accessible du fait d'un
diastème ou lorsqu'une cavité contiguë existe sur la dent
voisine : un accès ponctuel direct au niveau de la zone
cariée est indiqué et aboutit à une cavité
proximale hémisphérique (6,18).
· les
cavités à accès vestibulaire ou lingual dites cavités
slot ( proposées par Wilson et McLean en1988) sont indiquées lorsque la situation de
la lésion carieuse et l'anatomie de l'embrasure le permettent.
L'accès à la lésion se fait, à l'aide d'une petite
fraise boule tournant à faible vitesse. Des fraises de diamètres
de plus en plus gros sont utilisées pour éliminer tout le tissu
carié. La préparation peut aller de l'embrasure vestibulaire
à l'embrasure linguale, selon le volume de la lésion. On obtient
une cavité proximale en forme de cannelure, allongée
dans le sens vestibulo-lingual et
située sous le point de contact. L’avènement de
l’instrumentation sono-abrasive a simplifié la procédure et
réduit le risque de mutilation de la dent adjacente (6,13,18).
·
Enfin, les cavités tunnel (développées par Hunt et
Knight en 1984) sont indiquées lorsque :
- la fossette marginale occlusale est cariée alors que la
crête marginale est préservée ;
- qu’il existe déjà une restauration
occlusale ;
- ou que la situation de la lésion et l'anatomie de l'embrasure
ne sont pas favorables à un accès vestibulo-lingual.
L'accès est ponctuel, il se fait
à partir de la fossette
marginale, et se poursuit en se dirigeant obliquement vers la lésion
proximale (figure 3). La préparation interne
résulte du curetage de la lésion avec une fraise boule en acier
à mandrin long, en suivant la jonction amélo-dentinaire à
la périphérie de la lésion carieuse. L'émail
déminéralisé proximal est, si possible,
préservé réalisant une cavité tunnel fermée
plutôt qu'ouverte. Si une
cavitation amélaire est présente, on en dresse de
l'intérieur les bords friables, en protégeant la dent adjacente
par une bande matrice en acier.
Toute ces petites cavités seront obturées par injection
d'un matériau fluide : les composites fluides, les compomères ou les verres
ionomères (13,18).
►SISTA 2.2 : l'accès
se fait par la fossette marginale et sera étendu à la
crête, pour parvenir à une cavité proximo-triturante
de faible volume. Il s’agit d’une en forme de goutte, avec
conservation partielle de la crête marginale. Les zones de contact
interproximales sont conservées si l'émail est résistant.
Si deux lésions proximales coexistent sur une même dent, les
préparations seront distinctes, on évitera de les
réunir par une préparation occlusale. Impliquée dans l'occlusion et
le rétablissement du contact interproximal, elle fera appel
à des composites micro-hybrides ou condensables (7,18).
►SISTA 2.3 : la
perte de la face proximale se traduit par une cavité plus vaste se
rapprochant de la forme plus classique de boîte, les limites
vestibulaire et linguale se trouvent situées au-delà de
l'embrasure. On optera
soit pour une restauration directe aux composites micro-hybrides ou
condensables soit pour une restauration indirecte aux composites de laboratoire
ou en céramique, dans ce cas, nous respecterons les principes
énoncés pour le stade suivant (18).
►SISTA 2.4 : il
s'agit d'une cavité destinée à recevoir un
inlay/onlay collé. Aux impératifs déjà
énoncés pour le site 1, s'ajoutent des règles de
préparation proximale : paroi cervicale plane, bords
cervico-proximaux résistants et nets (18).
q
SISTA 2 secteur incisivo-canin (figure 10)
Pour les caries proximales sur dents antérieures, l’abord
palatin doit être privilégié. Dans ce cas les bords seront
nets sans biseau. Par contre si la face vestibulaire est
intéressée, on réalisera un biseau vestibulaire pour des
raisons esthétiques. Pour
les formes des cavités, elles varient selon les stades :
►SISTA 2.1 :
cavité tunnel avec conservation de l'émail proximal ;
► SISTA 2.2 :
cavité proximale avec conservation de l'émail vestibulaire ou
lingual ;
► SISTA 2.3 :
cavité proximo-vestibulo-linguale, de part en part, avec
conservation de l'angle incisif ;
► SISTA 2.4 :
cavité proximo-vestibulo-linguale, de part en part, incluant le ou
les angles incisifs.
Aux stades 1 et 2, les obturations, peuvent être réalisées avec les ciments verres ionomères, les compomères, ou les composites. A partir du stade 3, du fait des impératifs esthétiques et mécaniques, seuls les composites demeurent indiqués. Au stade 4, les restaurations partielles collées indirectes en composite de laboratoire ou en céramique (facettes étendues) peuvent être préférées pour une meilleure longévité esthétique(11,18).
Les
lésions SISTA 3 (figure 11)
►SISTA 3.1 : l'accès
à la lésion est ponctuel et visera à conserver
l'émail périphérique déminéralisé. La
cavité est de faible profondeur. Les bords seront nets au niveau
cémentaire alors qu’au niveau amélaire, le biseau est
inutile avec les verres ionomères, recommandé avec les composites
et il en sera de même pour les 2 stades suivants.
►SISTA 3.2 : l'accès est direct. La
cavité est plus étendue avec des limites amélaires
coronaires et dentinaires radiculaires.
►SISTA 3.3 :
l'accès est superficiel mais large. La cavité est de forme
atypique plus étendue en surface qu'en profondeur, fonction de
l'extension de la carie.
►SISTA 3.4 : la
cavité sera de forme atypique, plus étendue en surface qu'en
profondeur, avec des zones profondes juxta-pulpaires. Les bords seront
nets et sans biseau.
Aux stades 1 et 2, les obturations, peuvent être réalisées à l'aide de verres ionomères, de compomères ou de composites microhybrides. Aux stades 3 et 4, les verres-ionomères sont recommandés en première intention. Il est possible d'envisager une restauration mixte : la partie radiculaire de la cavité étant reconstituée par les ciments verres ionomères alors qu’au niveau de la partie coronaire les ciments verres-ionomères sont employés en substitut dentinaire recouverts en surface par les composites fluides (18).
De nombreuses études ont évalué les préparations cavitaires pour démontrer l’intérêt des préparations conservatrices par rapport aux cavités de Black.
Ainsi, une étude in vitro conduite par Sturdevant et coll en 1987 (21) a évalué le rapport entre la forme de contour des cavités proximales pour amalgame et la résistance des obturations (en compression et en traction). Cette étude a mis en évidence un meilleur comportement d’obturations à l’amalgame pour des cavités en forme de boite proximale sans extension occlusale par rapport aux cavités classe II classiques de Black (21).
D’autre part, des études in vivo conduites par de nombreux auteurs dont Elderton (1984 et 1986), Osborne et Gale (1981 et 1990), Osborne et coll. (1991) Sumitt et Osborne (1992) (in 24), ont elles aussi évalué les restaurations conservatrices à l'amalgame et ont conclu que le risque de fracture cuspidienne des dents postérieures porteuses d'amalgames proximo-triturants dépend de la profondeur et de la largeur VL de la cavité et que le pronostic à long terme de l'unité fonctionnelle dent-amalgame est nettement plus favorable pour les petites restaurations conservatrices que pour les préparations traditionnelles de Black (24).
Pour ce
qui est des cavités pour composites, elles ont à leur tour fait
l’objet de nombreuses études dont celle de Sumitt et coll. (1994)
(22), qui a démontré qu’il n’était pas
nécessaire d’étendre les cavités proximales
systématiquement au niveau occlusal pour obtenir une forme de résistance
adéquate. Par ailleurs, des études portant sur la longévité
des composites restaurant des
préparations proximales sans extension occlusale a montré
un taux de succès de 100 % à 5 ans selon Kreulen et coll. (1998)
et de 70 % à 7ans selon Nordbo et coll. (1998) ( cités par Tyas
et coll. 2000) (26).
Ainsi, les
préparations cavitaires actuelles sont des préparations à
minima. L’économie tissulaire qui en résulte, en
réduisant la ligne d'interface dent-matériau d’obturation,
assure une diminution des
sollicitations thermiques et mécaniques qui s’exercent
à ce niveau, mais aussi les risques de détérioration, de
fracture marginale et de récidive de carie augmentant ainsi la
pérennité des restaurations (24,26).
Actuellement, la préparation cavitaire doit s’inscrire
dans un concept médical préventif qui consiste à
prévenir et surveiller avant
de tailler et obturer ! Lorsque la préparation cavitaire
s’impose elle se fera en respectant le principe d’économie
tissulaire qui doit guider nos stratégies thérapeutiques.
En fait, l’évolution des moyens diagnostics et
thérapeutiques doit se poursuivre pour réduire d’avantage
nos cavités et pourquoi pas supprimer la nécessité de les
réaliser par la prévention de la maladie carieuse.
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coll. Minimal intervention dentistry : a review. International Dental
Journal, 2000 ; 50 : 1-12.
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Cavité à
étages d’après de Vree |
Cavité occlusale conventionnelle |
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Figure 1 montrant les formes des
cavités occlusales pour amalgame (25) |
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Figure
2 montrant les formes actuelles des cavités occlusales pour amalgame
(7) |
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Figure 3 montrant les cavités
conservatrices pour amalgame (7) |
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Cavité
à rainures |
Cavité
à ailettes |
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Figure 4 montrant des cavités
conservatrices pour amalgame (22) |
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rainure |
ailette |
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Figure 5 montrant les moyens de
rétention des cavités proximales pour amalgame (24) |
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6a |
6b |
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Figure 6 montrant
une cavité moderne pour
amalgame (6a) comparée avec une cavité
classe II de Black (6b) (7) |
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Figure
7 montrant une cavité
moderne pour amalgame (22) |
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SISTA 1.1 |
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SISTA 1.2 |
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SISTA 1.3 |
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SISTA 1.4 |
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Figure 8 montrant les formes de
préparation des cavités SISTA 1 (18) |
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SISTA 2.1 Cavité slot |
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SISTA 2.1 Cavité tunnel |
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SISTA 2.2 |
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SISTA 2.3 |
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SISTA 2.4 |
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Figure 9 montrant les
formes de préparation des cavités SISTA 2 au niveau du secteur
postérieur |
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SISTA 2.1 |
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SISTA 2.2 |
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SISTA 2.3 |
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SISTA 2.4 |
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Figure
10 montrant les formes de préparation des cavités SISTA 2 au niveau du
secteur antérieur |
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SISTA 3.1 |
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SISTA 3.2 |
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SISTA 3.3 |
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SISTA 3.4 |
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Figure 11 montrant
les formes de préparation des cavités SISTA 3 |
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