La désinfection bouche entière en une étape :
Nouvelle approche dans le traitement parodontal non chirurgical.
Dr. Ennibi oumkeltoum
Professeur de parodontologie
Faculté de Médecine Dentaire de Rabat
Les maladies parodontales sont des maladies infectieuses des tissus de soutien de la dent. L’étiologie microbienne de ces pathologies est unanimement admise depuis les études sur les gingivites expérimentales2,9. Des travaux ultérieurs ont montré que plusieurs bactéries hautement pathogènes jouent un rôle crucial dans l’initiation et la progression des maladies parodontales8. Il est également admis que les maladies parodontales résultent de l’interaction entre des facteurs inhérents à l’hôte, des facteurs environnementaux et le facteur microbien6,10.
Le traitement de ces pathologies repose sur l’élimination efficace du biofilm par le patient et sur le débridement mécanique des lésions parodontales.
Le débridement mécanique, qui se fait classiquement par quadrant ou sextant avec un intervalle de 1 à 2 semaine entre les séances, a montré son efficacité dans le traitement de la plupart des maladies parodontales. Cependant, la réponse tissulaire peut être variable. Ceci peut être attribué à une faible coopération du patient, à un débridement inadéquat, à la composition bactérienne, à des facteurs génétiques ou environnementaux3. Dans ces cas l’adjonction d’une antibiothérapie est nécessaire, tout en insistant sur le fait que cette chimiothérapie n’est efficace qu’après désorganisation du biofilm par débridement mécanique qui reste une étape obligatoire dans tout traitement parodontal.
Toutefois, des cas de récidives de maladies parodontales peuvent s’observer. Il peuvent s’expliquer par une recolonisation des sites traités par des bactéries pathogènes des poches résiduelles non encore débridées ou des bactéries provenant d’une autre niche écologique telle que la langue, la muqueuse buccale ou la salive5. Cette notion de réinfection et récidive par translocation bactérienne a aboutit au concept de « désinfection complète de la bouche en une étape». Cette approche proposée par Quirynen et coll. en 19954 (cf. tableau) a pur but de faire un débridement mécanique de toute la cavité buccale en 24 heures mais aussi d’éliminer les bactéries pathogènes des autres habitats buccaux (muqueuses, langue et salive).
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Détartrage surfaçage sous anesthésie locale (toutes les dents en 2 séances en 24heures) |
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Brossage de la langue pendant 1 min avec gel de chlorhexidine |
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Rinçage à l’aide d’un bain de bouche à 0,2% de chlorhexidine pendant 2 min avec gargarisme durant les dernières secondes |
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Irrigation sous gingivale des poches parodontales avec de la chlorhexidine à 1% pendant 10 min après les 2 séances de débridement et au 8ème jour. |
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Utilisation de 10 ml d’un bain de bouche à base de chlorhexidine à 0,2 pendant une min, 2 fois par jour durant 2 semaines |
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Mesure d’hygiène buccale incluant le brossage dentaire, utilisation de fil et de brossettes interdentaires et brossage de la langue. |
Des études comparatives entre l’approche en une étape et le traitement classique (détartrage surfaçage par quadrant) ont montré une réduction supplémentaire de la profondeur de poche et de la flore pathogène dans le groupe test par rapport au groupe contrôle. De même des études comparatives ont montré une amélioration plus rapide mais légèrement plus importante de l’approche en une étape avec chlorhexidine par rapport à l’approche en une étape sans chlorhexidine1,4,5. Ceci laisse suggérer que les poches parodontales sont l’habitat habituel des bactéries parodontopathogènes, sans ignorer pour autant le rôle que peuvent jouer les autres niches dans la translocation bactérienne. D’où l’intérêt de cette nouvelle approche de « désinfection bouche entière en une étape ».
Bibliographies:
1. Bollen CML, Mongardini C, Papaionnou W, van Steenberghe D, Quirynen M. The effect of a one stage full mouth disinfection on different intra-oral niches- clinical and microbiological observations. J Clin Periodontol. 1998; 25: 56-66
2. Loe H, Theilade E, Jensen SB. Experimental gingivitis in man. J Periodontol. 1965; 36: 177-187.
3. Koshy G, Esmond F, Corbet EF, Ishikawa I. A full-mouth disinfection approach to nonchirugical periodontal therapy-prevention of reinfection from bacterial reservoirs. Periodontol 2000. 2004; 36: 166-178.
4. Quirynen M, Bollen CML, Vandekerckhove BNA, Dekeyser C, Papaionnou W, Eyssen H. Full-versus partial-mouth disinfection in the treatment of periodontal infections. Short-term clinical and microbiological observations. J Dent Res. 1995; 74: 1459-1467.
5. Quirynen M, Teughels W, van Steenberghe D. Détartrage-surfaçage: comment améliorer les résultats cliniques? Réalités cliniques 2003; 3: 317-333.
6. Page RC, Kornman KS. The pathogenesis of human periodontitis: an introduction. Periodontol 2000. 1997; 14: 9-11.
7. Slots J. Sub gingival microflora and periodontal disease. J Clin Periodontol. 1979; 6: 145-151.
8. Socransky SS, Haffajee AD. The bacterial aetiology of destructive periodontal disease: current concepts. J Periodontol. 1992; 63: 322-331.
9. Theilade E, Wright WH, Jensen SB, Loe H. Experimental gingivitis in man. A longitudinal clinical and bacteriological investigation. J Periodontal Res. 1966; 1: 1-13.
10. Wolff L, Dahlen G, Aeppli D. Bacteria as risk markers for periodontitis. J Periodontol. 1994; 65: 498-510.